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Europe : Union occidentale ou alliance avec la Russie ?
nbsp;Rebelles.info lance un débat sur le choix stratégique de l’Europe quant à ses alliances. Alliance occidentale ou alliance avec la Russie ? Mon article « L’Union occidentale plutôt que l’Union européenne », y est opposé à un autre article, intitulé « L’avenir de l’Europe, c’est la Russie ! ».
On peut y lire ceci :
« La Russie se voit comme une partie de la civilisation européenne, qui possède les racines chrétiennes communes ».
À cela on peut répondre que depuis le Schisme de 1054 (qualifié, en Occident, de Schisme d’Orient, et inversement), la Chrétienté occidentale (catholique et protestante*) et la Chrétienté orthodoxe ont suivi des routes divergentes. Si les racines, et le tronc chrétiens sont communs, ce sont deux branches bien disjointes.
La Chrétienté occidentale réunit aujourd’hui Europe de l’Ouest et Amérique du Nord.
À l’inverse, mon ami Maxime Zjelinski, russisant et russophile, pourra le confirmer, la Russie ne se voit pas comme un pays européen, mais eurasiatique, pour des raisons géographiques, mais aussi et surtout historiques, le contact avec les Mongols l’ayant fortement influencée.
Que ces propos aient été tenus par un ministre russe, celui des Affaires étrangères, n’annule pas la réalité de la césure historique entre mondes occidental et orthodoxe.
La suite de l’article est d’Alexandre Latsa, le blogueur repris par Rebelles.info :
« Loin de l’idéalisme politique de comptoir, la réalité du monde de demain passe par l’économie et la démographie. »
C’est pourquoi s’allier avec un pays à la natalité atone et à la mortalité galopante, dont la croissance économique ne repose pour une large part que sur les cours des matières premières (et est donc vulnérable en cas d’effondrement de ces cours), ne s’impose pas, si d’aventure l’on a une vision purement économiste et populationniste.
Ce n’est pas mon cas. Même si la démographie et l’économie russes parvenaient à des niveaux satisfaisants, il resterait un obstacle majeur, qui est d’ordre identitaire.
Ce ne sont pas les seules incohérences, mais ce sont les plus flagrantes à mes yeux.
Quelles autres incohérences voyez-vous ?
Roman Bernard
* À partir de la Réforme, au XVIe siècle
L’Union occidentale plutôt que l’Union européenne
Depuis la fin de la Guerre froide, le projet fédéral européen ne peut plus être considéré comme une fin en soi. La Communauté économique européenne (CEE) réunissait des pays qui, tout en appartenant au bloc occidental, dominé par les États-Unis, étaient désireux, au terme de douloureuses expériences, d’intensifier leurs relations économiques renaissantes au point de devenir interdépendants, et ainsi d’établir une paix durable sur un Vieux Continent épuisé. Avant d’achever leur unité.
Parallèlement, et ce jusqu’à l’adhésion des Îles britanniques à la CEE (1973), il s’agissait de dégager progressivement l’Europe de l’hégémonie américaine, qui avait constitué le prix de la Libération du joug nazi.
Comme s’en était douté le général de Gaulle qui l’avait toujours refusée, l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE devait mettre fin, à terme, à un projet proprement continental, cherchant à être équidistant de Washington et de Moscou, tout en étant allié au premier. Les Britanniques ont toujours prévenu leurs homologues européens qu’ils ne choisiraient pas entre l’Atlantique et le Continent. Cependant, à moins de vouloir ressusciter le Blocus continental, on ne pouvait guère envisager, sur la durée, une construction européenne sans l’une des plus grandes puissances d’Europe.
Cette adhésion mettait ainsi fin au projet « rhénan » pour lui substituer un projet « atlantique ». La fin de la Guerre froide, abaissant le « Rideau de fer », aurait pu provoquer un recentrage de l’Europe sur elle-même, si les pays libérés de la tutelle soviétique n’avaient pas dû leur indépendance recouvrée aux États-Unis, mais à l’Europe de l’Ouest.
Il serait vain, toutefois, de regretter la vague d’adhésion de 2004 au motif que les nouveaux pays entrants seraient, pour leur voisins de l’Ouest, fort peu « européens ». L’identité européenne, si tant est qu’elle existe, ce dont il est permis de douter, est sans lien aucun avec l’adhésion au projet fédéraliste européen. On soutiendra difficilement que la Suisse, la Norvège ou l’Islande, qui refusent l’adhésion qui leur est proposée, sont moins « européennes » que la Turquie, candidate de longue date.
Si la vision atlantiste, voire occidentaliste, de l’Europe a fini par triompher, c’est donc qu’elle s’accordait au sens de l’histoire. À moins de verser dans un nationalisme nostalgique et rétrograde, il faut se résoudre à l’idée que la souveraineté absolue des nations d’Europe a fait son temps, et que ces dernières doivent édifier une structure confédérale qui reste à déterminer, avant, dans les prochaines décennies et sous réserve que les États-Unis y consentent, d’établir une Union qui réunirait les deux rives de l’Atlantique Nord, une Union civilisationnelle : l’Union occidentale.
Il n’y a aucune espèce de contradiction entre la construction d’une Union réunissant tous les peuples occidentaux, c’est-à-dire toutes les cultures prenant leurs sources dans le double héritage gréco-romain et judéo-chrétien, d’une part, et, d’autre part, l’attachement à un pays, à sa culture et à sa langue. Le multilinguisme de l’Occident est sa plus grande richesse. C’est aussi son plus grand défi : il faudra s’assurer, avec l’avènement de l’Union occidentale, que le rapprochement des peuples occidentaux ne signifie pas l’effacement de leurs langues et de leurs cultures au profit de celles du plus puissant d’entre eux : l’anglais et la culture anglo-saxonne.
Cela, c’est l’affaire du demi-siècle, voire du siècle à venir. Je formerai donc ici un vœu : que mon dernier souffle ne soit pas seulement celui d’un Français, d’un Européen, mais avant tout, et par-dessus tout, celui d’un Occidental de langue française.
Roman Bernard

